Pourquoi le Wi-Fi peine dans les vieux immeubles
Dans un appartement haussmannien ou une maison de pierre, le signal Wi-Fi rencontre des obstacles que les constructeurs d'aujourd'hui ne connaissent plus. Les murs porteurs font souvent plus de vingt centimètres d'épaisseur, les plafonds comportent des poutres métalliques ou des lattes de chêne recouvertes de plâtre, et les cloisons sont parfois en brique pleine. Chaque obstacle absorbe une part de l'onde radio, et le signal qui traverse trois pièces arrive très affaibli dans la chambre du fond. Le résultat est familier : la vidéo se fige le soir, la visioconférence coupe au moment de parler, et la box semble défectueuse alors qu'elle fonctionne parfaitement près de l'entrée.
Le problème vient aussi de la fréquence. Le Wi-Fi 2,4 GHz porte plus loin à travers les murs, mais il est lent et encombré par les voisins. Le 5 GHz est rapide mais se propage moins loin et s'arrête plus vite sur les obstacles épais. Un bon routeur doit donc combiner les deux bandes, avec une gestion intelligente des appareils et, si possible, une antenne ou un module qui améliore la portée réelle plutôt que la portée annoncée sur la boîte.
Mesurer avant d'acheter
Avant de dépenser quoi que ce soit, mesurez la couverture actuelle. Téléchargez sur votre téléphone une application d'analyse Wi-Fi, par exemple celle proposée par votre fabricant, et parcourez l'appartement pièce par pièce en notant la force du signal et le débit obtenu. Un signal supérieur à moins 65 dBm donne en général une connexion stable pour la vidéo HD, tandis qu'un signal inférieur à moins 75 dBm rend les appels et le streaming instables. Notez aussi les pièces où la connexion tombe, car ce sont elles qui décident du matériel à acheter.
Ensuite, identifiez la position de la box. Si elle est dans un placard, derrière un meuble en bois massif ou près d'une porte métallique, le signal est bridé avant même de sortir de la pièce. Déplacer la box de deux mètres vers une position plus centrale améliore souvent la couverture plus que n'importe quel nouvel appareil, et cela ne coûte rien.
Box opérateur, routeur indépendant ou système maillé
La plupart des abonnés utilisent la box fournie par leur opérateur, qui convient pour un appartement de taille moyenne tant que la pièce la plus éloignée n'est pas séparée du routeur par plus d'un ou deux murs épais. Si vous changez de box, vérifiez qu'elle supporte le Wi-Fi 6, qu'elle propose une bande 5 GHz séparée et qu'elle permet de désactiver certaines fonctions inutiles, comme le réseau invité qui occupe les mêmes ressources.
Un routeur indépendant offre plus de contrôle, notamment sur le réglage des canaux et la qualité de service, mais il exige de désactiver le Wi-Fi de la box et de la connecter en mode pont. Ce n'est pas difficile pour un utilisateur à l'aise, mais l'assistance de l'opérateur ne couvrira plus les réglages. Un système maillé, composé d'un routeur principal et de deux ou trois points d'accès, est la solution la plus simple pour un appartement ancien à plusieurs niveaux ou avec une chambre isolée. Chaque point d'accès se connecte au précédent par câble ou par radio, et le téléphone passe automatiquement d'un nœud à l'autre sans coupure notable.
Le répéteur bon marché, lui, pose souvent plus de problèmes qu'il n'en résout. Il divise la bande passante par deux, crée un deuxième réseau avec un nom différent et ralentit les appareils qui se connectent à lui. Si vous en possédez déjà un, comparez ses performances avec un point d'accès maillé avant d'investir davantage dans l'un ou l'autre.
Le câble reste la meilleure solution
Lorsque l'immeuble le permet, un câble Ethernet entre la box et un point d'accès placé dans le couloir ou la chambre change tout. Un câble Cat 6 de dix mètres coûte quelques euros, se pose sous une plinthe ou dans une goulotte, et offre une liaison stable qui n'est pas affectée par les murs. Dans les appartements anciens, la prise RJ45 n'existe pas toujours dans chaque pièce, mais un passage discret sous les moulures ou par la cage d'escalier est souvent faisable avec l'accord du syndic. Pensez-y au moment de la rénovation, car c'est le seul moyen durable de garantir un débit complet dans toute la maison.
Si le câble est impossible, les adaptateurs CPL, aussi appelés Powerline, peuvent constituer un compromis. Leur performance dépend fortement de la qualité du circuit électrique : ils fonctionnent mieux sur une même phase et en évitant les multiprises à filtre. Ils ne remplacent pas un câble, mais ils dépannent bien une chambre éloignée pour le télétravail ou le visionnage en haute définition.
Les réglages qui comptent vraiment
Une fois le matériel en place, quelques réglages font plus que la marque. Séparez les bandes 2,4 GHz et 5 GHz sous deux noms distincts afin de choisir manuellement l'appareil pour chaque usage. Activez le chiffrement WPA3 si le matériel le permet, sinon WPA2-AES, et désactivez le protocole WEP ou WPA-TKIP qui n'offre plus de protection. Mettez à jour le micrologiciel une fois par trimestre, car les correctifs de sécurité arrivent régulièrement et les box oubliées restent une cible fréquente.
Choisissez le canal manuellement sur la bande 2,4 GHz si vos voisins sont nombreux, en prenant le canal 1, 6 ou 11, qui ne se chevauchent pas. Sur le 5 GHz, laissez le réglage automatique, sauf si l'application d'analyse montre une congestion persistante. Activez enfin la qualité de service pour donner la priorité aux appels vidéo et au télétravail sur les téléchargements de fond.
Quand changer de matériel
Un routeur de plus de cinq ans ne prend souvent pas en charge les normes récentes, ne reçoit plus de mises à jour et se dégrade avec le temps. Si vous constatez des coupures répétées malgré un bon emplacement et des réglages propres, c'est généralement le matériel qui est en cause. Dans un appartement ancien, un système maillé Wi-Fi 6 ou Wi-Fi 6E avec deux points d'accès offre un gain net de confort, et son coût reste raisonnable au regard du temps économisé chaque semaine.
Avant de conclure, vérifiez le débit que votre abonnement vous garantit, puis comparez-le au débit mesuré dans la pièce la plus éloignée. Si l'écart dépasse la moitié, le problème vient du réseau domestique, pas de la connexion fournie. C'est un bon critère pour décider si l'argent doit aller au matériel ou à un changement d'offre.
Les questions à se poser avant l'achat
Avant d'acheter un routeur, posez-vous trois questions simples. La première concerne le débit réel de votre abonnement, car inutile de payer un routeur haut de gamme pour une ligne qui plafonne à 100 Mb/s. La deuxième porte sur le nombre d'appareils connectés en même temps, car une famille avec des consoles, des téléviseurs connectés et plusieurs téléphones sollicite le réseau bien plus qu'un couple. La troisième concerne les pièces où vous travaillez, puisqu'une visioconférence supporte mal la moindre coupure et qu'elle doit donc être prioritaire dans votre plan de couverture.
Ces trois réponses décident de la gamme à viser. Pour un débit inférieur à 300 Mb/s et deux ou trois appareils, une box fiable avec une bonne position suffit souvent. Pour un débit élevé, une famille nombreuse ou un bureau à domicile dans une pièce isolée, un système maillé Wi-Fi 6 avec deux points d'accès devient plus logique. Notez vos réponses sur une feuille avant de comparer les modèles, car la publicité met toujours en avant les chiffres les plus flatteurs.
Ce qui change avec le temps
Un routeur acheté il y a cinq ans fonctionne encore, mais il ne reçoit plus forcément les correctifs de sécurité, ne sait pas gérer le Wi-Fi 6 et perd en performance à mesure que les appareils se multiplient. Les appareils eux-mêmes évoluent : une tablette ou un téléviseur acheté récemment peut exiger une bande 5 GHz stable, que l'ancien matériel gère mal. Si vous rénovez l'appartement, la question se pose aussi pour la position des prises et des câbles, qui conditionne la solution la plus durable.
Vérifiez enfin la politique de mise à jour du fabricant avant d'acheter. Un matériel qui reçoit des correctifs pendant cinq ans ou plus protège mieux votre réseau qu'un modèle bon marché abandonné au bout de deux ans. C'est un critère souvent ignoré, mais il pèse lourd sur la durée de vie réelle de l'investissement.
Une fois le routeur installé, prenez le temps de vérifier la couverture dans chaque pièce, car les premiers essais sont souvent trompeurs. Faites une mesure le soir, quand tout le monde utilise la connexion, puis une autre le matin, quand l'immeuble est plus calme. Notez le débit obtenu dans la chambre la plus éloignée et comparez-le avec celui de la cuisine. Si l'écart est important, déplacez le point d'accès d'un mètre ou deux avant de conclure. Un petit ajustement de position suffit souvent à gagner plusieurs dizaines de mégabits. Répétez les mesures une semaine plus tard, car la charge du réseau change avec les habitudes de la famille.
Les murs anciens réagissent aussi aux meubles et aux objets métalliques placés près du routeur. Une bibliothèque en métal, un miroir argenté ou un radiateur en fonte peuvent réfléchir ou absorber le signal. Éloignez le routeur de ces obstacles et évitez de le ranger dans un meuble fermé. Une antenne orientée à la verticale ou à l'horizontale, selon la position des pièces à couvrir, améliore souvent la propagation. Dans un appartement étroit, un routeur posé en hauteur, sur une étagère, fonctionne mieux qu'au sol. Ces réglages sont gratuits et ne demandent que quelques minutes de votre temps.